La circulation de la politesse

Il est tôt, il fait nuit, il ne fait pas chaud. Rien d’exceptionnel pour un lundi hivernal en pleine vague de froid. Et pourtant, ce matin j’ai changé de plan de route pour suivre l’itinéraire que je devrai suivre pendant 4 mois. Je cherche l’arrêt du bus, ils l’ont déplacé. On fait des travaux à côté de chez moi et le 68 se cache maintenant dans les petites ruelles du 9ème. Je flaire le bus et je le trouve, il ne part pas. La journée commence bien, attraper le bus un lundi c’est certainement un bon augure ! Erreur !

Comme d’habitude je suis chargée, et ça ralentit ma démarche légère de gazelle dans la savanne. On refait l’inventaire pour les nouveaux venus:

• Sac à main en bandoulière pour éviter les mains un peu curieuses qui pourraient avoir envie de faire une incursion dans mon portefeuille

• Petit cabas avec bouquin qui ne rentre pas dans le sac à main, gamelle pour manger équilibré à midi, magazine intello et des cochonneries qui trainent comme dans tout sac qui se respecte

• Gants en cuir pour éviter de perdre un doigt à cause de la température, petit bonnet en fourrure de lapin transgénique et écharpe qui couvre la moitié du visage

• Une trottinette

Une trottiwhat ?

Oui ce matin j’ai exceptionnellement eu la bonne idée d’emmener au boulot, une trottinette qui n’est même pas à moi  Je fais quoi avec ça ? On faisait un photo shoot et on avait besoin de l’engin à deux roues. Ça fait partie de la liste de pétrins dans lesquels je peux me fourrer sans aucun problème. Une trottinette ça se transporte et je savais que littéralement traverser Paris avec, n’allait pas être chose facile. Surtout parce que cet appareil infernal pèse une tonne.

Le chauffeur du bus est à moitié endormi, (super rassurant) mais il arrive quand même à voir qu’il y a quelqu’un qui cherche désespérément à monter. D’un ton accueillant et enjoué d’un chauffeur de bus rompu aux usages de la RATP ,il me signale qu’il faut que je plie ma trottinette avant de rentrer. Je lui explique d’un ton caféiné mais gentil que je ne sais pas la plier mais que je le ferai(s)(si je savais le faire). Je m’installe avec le jouet qui terrorise les roues parisiennes à la sortie de l’école. Le gentil conducteur aboie :

« Mademoiselle, pliez votre trottinette. » Je réponds d’un ton pas du tout sarcastique: « Oui monsieur !  » et entre ma barbe je fais la revue de toutes les imprécations en langues latines que je connais. Si quelqu’un a une méthode pour plier facilement une trottinette quand vous transportez à peu près toute votre vie avec la simple aide de vos deux petites mains, qu’il ou elle se manifeste. Bref, le conducteur démarre et je suis censée rester debout en essayant de plier ladite trottinette. Je réussi à la plier à mes envies. Mais bien sûr on la met où? Pour l’instant entre mes jambes. Il n’y a rien de plus agréable que de se faire engueuler par un conducteur somnolent au petit matin et d’essayer que ce truc qui a presque volonté propre reste sur place.

Des gestes inconnus

Je ne savais pas qu’il fallait faire ce geste avant de monter dans n’importe quel transport public. Est-ce dû aux inconnues limites de mon ignorance ? C’est fort probable, mais c’est aussi parce que c’est affiché NUL PART ! Quand vous montez dans un bus ou dans le métro vous avez toutes sortes d’indications en Français, Mandarin et Quéchua mais vous n’avez jamais une affiche qui vous dit qu’un conducteur risque de vous sauter à la gorge parce que vous montez avec une trottinette dans les transports. Je dois préciser aussi que je n’étais pas SUR l’engin, je le transportais. De toute façon je tiens à ma dentition et monter sur le jouet d’une petite fille de 9 ans serait tout simplement suicidaire.

En rentrant chez moi, je suis donc allée voir sur le site de la RATP pour vérifier si mon expérience matinale était justifiée.

« Le transport des bicyclettes

Pour des raisons évidentes de place disponible, vous ne pouvez pas emporter votre bicyclette dans le Métro, les Bus, les Tramways et le Funiculaire de Montmartre. Cependant, sur la ligne 1 du Métro, le transport d’une bicyclette est possible le dimanche et les jours fériés, jusqu’à 16h30. Vous êtes invités à demander l’accès par le portillon de service à l’agent de station.

Dans le RER, vous avez la possibilité de transporter votre bicyclette à certains moments et d’effectuer avec celle-ci des correspondances entre les lignes du réseau :

  • les samedis, dimanches et jours fériés toute la journée ,
  • les autres jours avant 6h30, entre 9h et 16h30, puis après 19h.

Le transport, le maniement et la surveillance de votre bicyclette se déroulent sous votre responsabilité. Vous devez la placer dans une des voitures comportant une signalétique spécifique et la tenir à la main. Vous ne pouvez pas emprunter les escaliers mécaniques avec votre bicyclette.

La circulation en bicyclette, skateboard, patinette, roller…

Toute circulation sur des patins à roulettes, planches à roulettes, patinettes, bicyclettes ou sur tout autre cycle est strictement interdite dans les enceintes et dans les voitures, quel que soit le moyen de transport utilisé (RER, métro, bus..). Vous seriez entièrement responsable des accidents qui vous surviendraient ou que vous causeriez à des tiers, à la RATP ou à ses agents. »ratp.fr

Le texte de la RATP est assez clair, pourtant il y a deux choses que je tiens à vous faire remarquer. Tout d’abord: qu’est ce qu’ils entendent par circulation? Si c’est monter sur son vélo et faire une petite ballade sur les quais alors c’est très clair. Mais si c’est faire rouler son vélo à côté de soi parce qu’on n’a pas investi 3000 euros dans l’appareil de course ultra léger qui rentre dans une pochette, alors les amis amants des vélos, expliquez moi comment vous faites? Après, la RATP précise « vous seriez entièrement responsable ». Moi, en tant qu’usager complétement inconscient, suis tenue responsable de touts les bleus dont je pourrais être à l’origine, avec ma trottinette du démon. C’est à moi alors, d’assumer les conséquences. Tout à fait normal.

Conclusion 1 : le conducteur faisait son boulot

Conclusion 2 : le conducteur a besoin de changer de boulot ou d’horaires. Agresser quelqu’un verbalement surtout quand le bus est quasiment vide n’est jamais justifié

Conclusion 3 : je ne me lasse pas de mes aventures dans les réseaux urbains

Le plus bas de la nature humaine se trouve dans les boîtes à sardines qui tentent de nous transporter plus mal que bien touts les jours.

(11/01/2010)

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2 réflexions sur “La circulation de la politesse

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