[Cinélatino 2016] Avec César Augusto Acevedo, la lumière née des ombres

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Le festival Cinélatino de Toulouse est aussi l’occasion de (re)voir des films qui ont déjà reçu le soutien de la profession. C’est le cas de La Terre et l’ombre de César Augusto Acevedo sorti en Colombie en 2015 et primé à Cannes la même année.

La terre et l’ombre du Colombien César Augusto Acevedo est le conte de tous les conflits terriens en Amérique latine. En salles en France depuis le mois de février, le premier long-métrage de ce jeune réalisateur nous emmène jusqu’à la région du Cauca dans l’ouest du pays. La canne à sucre y a remplacé les autres cultures au dépens des petits paysans ayant vendu –perdu- leurs terres.

Pour faciliter la récolte, la canne à sucre est brûlée. Des tonnes de cendre se répandent alors dans l’air et arrivent jusqu’aux poumons de Gerardo (Edison Raigosa), obligé de travailler dans une des nombreuses exploitations. Ses voies respiratoires ne supportent pas longtemps cette agression et il tombe gravement malade. Au grand damn de la mère de Gerardo (Hila Ruiz), sa femme (la talentueuse Marleyda Soto) fait appel au père de son mari pour qu’il s’en occupe. Cela fait dix-sept ans qu’Alfonso (Haimer Leal) a quitté son lopin de terre et sa famille avec car « il ne supportait pas de voir la canne à sucre ravager le paysage ».

Alfonso doit s ‘occuper de son fils, de son petit fils de 6 as, Manuel, et des tâches ménagères pendant que les deux femmes prennent la place de Gerardo dans les champs pour subvenir aux besoins de la famille.

Cadres précis, plans réfléchis, lumière magnifique… Ce n’est pas un hasard si ce film s’est vu décerner la Caméra d’Or à Cannes en 2015. Au-delà de la prouesse esthétique, Acevedo nous plonge dans l’intimité de cette famille qui panse ses plaies en faisant face à la maladie. Les liens qui se tissent entre Alfonso et le petit Manuel ou encore le courage des deux femmes forcés de se battre pour une paye qui n’arrive, pas font le sucre de ce premier opus.
« Cette histoire est une version romancée de la mienne », explique le réalisateur après une projection fortement applaudie au festival Cinélatino de Toulouse. Tellement romancée que la maison, faisant figure de personnage central, n’existe pas. Elle a été construite pour les besoins de tournage, puis détruite par les propriétaires du terrain loué le temps du film.

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La moyenne performance de l’actrice amateur Hilda Ruiz serait très gênante si elle n’incarnait pas cette femme « berraca » forte. Et c’est peut-être un des aspects les plus intéressants du film. L’espace domestique est occupé par les hommes du film. L’extérieur et les défis du monde du travail reviennent aux femmes. Il serait hasardeux de croire que la campagne colombienne est livre de tout préjugé sexiste, croire que ce scénario ne se produit jamais le serait tout autant.

Le + L’action se déroule dans l’ouest du pays où la population afro-colombienne est très présente mais peu représentée. Dans ce film on voit des travailleurs agricoles noirs face à un chef noir. Ces travailleurs s’organisent, se battent pour être payés et se mobilisent pour leur ancien collègue Gerardo. Si ce n’est pas le sujet du film, il est important de le signaler car la population africano-latinoaméricaine est souvent ignorée aussi bien à l’écran comme dans la société.

La Tierra y la sombra, 1h37,Colombie.

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